Lipi
Sign in
←

Lipi Heritage · Free forever

Œuvres complètes, Tome 3 (incl. Le Tartuffe)

Chapter 20 of 31

Œuvres complètes, Tome 3 — Partie 20

Listen to this section

Uses your saved EN voice · Narration settings

Narration reads this chapter in responsive sections.

Va-t'en: laisse-moi seule, en cette solitude, Passer quelques momens de mon inquiétude. [116] Scène qui se retrouve dans une comédie de Rotrou, intitulée la _Sœur_. SCÈNE II.--MÉLICERTE Vous le voyez, mon cœur, ce que c'est que d'aimer; Et Bélise avoit su trop bien m'en informer. Cette charmante mère, avant sa destinée, Me disoit une fois, sur le bord du Pénée: «Ma fille, songe à toi; l'amour aux jeunes cœurs »Se présente toujours entouré de douceurs. »D'abord il n'offre aux yeux que choses agréables; »Mais il traîne après lui des troubles effroyables; »Et, si tu veux passer tes jours dans quelque paix, »Toujours, comme d'un mal, défends-toi de ses traits.» De ces leçons, mon cœur, je m'étois souvenue; Et, quand Myrtil venoit à s'offrir à ma vue, Qu'il jouoit avec moi, qu'il me rendoit des soins, Je vous disois toujours de vous y plaire moins: Vous ne me crûtes point; et votre complaisance Se vit bientôt changée en trop de bienveillance. Dans ce naissant amour qui flattoit vos désirs. Vous ne vous figuriez que joie et que plaisirs; Cependant vous voyez la cruelle disgrâce Dont en ce triste jour le destin vous menace, Et la peine mortelle où vous voilà réduit. Ah! mon cœur! ah! mon cœur! je vous l'avois bien dit. Mais tenons, s'il se peut, notre douleur couverte. Voici... SCÈNE III.--MYRTIL, MÉLICERTE. MYRTIL. J'ai fait tantôt, charmante Mélicerte, Un petit prisonnier que je garde pour vous, Et dont peut-être un jour je deviendrai jaloux. C'est un jeune moineau, qu'avec un soin extrême Je veux, pour vous l'offrir, apprivoiser moi-même. Le présent n'est pas grand; mais les divinités Ne jettent leurs regards que sur les volontés. C'est le cœur qui fait tout; et jamais la richesse Des présents que... Mais, ciel! d'où vient cette tristesse? Qu'avez-vous, Mélicerte, et quel sombre chagrin Se voit dans vos beaux yeux répandu ce matin? Vous ne répondez point; et ce morne silence Redouble encor ma peine et mon impatience. Parlez. De quel ennui ressentez-vous les coups? Qu'est-ce donc? MÉLICERTE. Ce n'est rien. MYRTIL. Ce n'est rien, dites-vous? Et je vois cependant vos yeux couverts de larmes. Cela s'accorde-t-il, beauté pleine de charmes? Ah! ne me faites point un secret dont je meurs, Et m'expliquez, hélas! ce que disent ces pleurs. MÉLICERTE. Rien ne me serviroit de vous le faire entendre. MYRTIL. Devez-vous rien avoir que je ne doive apprendre? Et ne blessez-vous pas notre amour aujourd'hui, De vouloir me voler ma part de votre ennui[117]? Ah! ne le cachez point à l'ardeur qui m'inspire. MÉLICERTE. Eh bien, Myrtil, et bien, il faut donc vous le dire. J'ai su que, par un choix plein de gloire pour vous, Éroxène et Daphné vous veulent pour époux; Et je vous avouerai que j'ai cette foiblesse, De n'avoir pu, Myrtil, le savoir sans tristesse, Sans accuser du sort la rigoureuse loi, Qui les rend, dans leurs vœux, préférables à moi. MYRTIL. Et vous pouvez l'avoir, cette injuste tristesse! Vous pouvez soupçonner mon amour de foiblesse, Et croire qu'engagé par des charmes si doux, Je puisse être jamais à quelque autre qu'à vous! Que je puisse accepter une autre main offerte! Eh! que vous ai-je fait, cruelle Mélicerte! Pour traiter ma tendresse avec tant de rigueur, Et faire un jugement si mauvais de mon cœur? Quoi! faut-il que de lui vous ayez quelque crainte? Je suis bien malheureux de souffrir cette atteinte: Et que me sert d'aimer comme je fais, hélas! Si vous êtes si prête à ne le croire pas? MÉLICERTE. Je pourrois moins, Myrtil, redouter ces rivales, Si les choses étoient de part et d'autre égales; Et, dans un rang pareil, j'oserois espérer Que peut-être l'amour me feroit préférer; Mais l'inégalité de bien et de naissance Qui peut, d'elles à moi, faire la différence... MYRTIL. Ah! leur rang de mon cœur ne viendra point à bout, Et vos divins appas vous tiennent lieu de tout. Je vous aime: il suffit; et, dans votre personne, Je vois rang, biens, trésors, États, sceptre, couronne; Et des rois les plus grands m'offrît-on le pouvoir, Je n'y changerois pas le bien de vous avoir. C'est une vérité toute sincère et pure; Et pouvoir en douter est me faire une injure. MÉLICERTE. Eh bien, je crois, Myrtil, puisque vous le voulez, Que vos vœux, par leur rang, ne sont point ébranlés; Et que, bien qu'elles soient nobles, riches et belles, Votre cœur m'aime assez pour me mieux aimer qu'elles. Mais ce n'est pas l'amour dont vous suivrez la voix: Votre père, Myrtil, réglera votre choix; Et de même qu'à vous je ne lui suis pas chère, Pour préférer à tout une simple bergère. MYRTIL. Non, chère Mélicerte, il n'est père ni dieux Qui me puissent forcer à quitter vos beaux yeux; Et, toujours de mes vœux reine comme vous êtes... MÉLICERTE. Ah! Myrtil, prenez garde à ce qu'ici vous faites: N'allez point présenter un espoir à mon cœur Qu'il recevroit peut-être avec trop de douceur, Et qui, tombant après comme un éclair qui passe, Me rendroit plus cruel le coup de ma disgrâce. MYRTIL. Quoi! faut-il des sermens appeler le secours, Lorsque l'on vous promet de vous aimer toujours? Que vous vous faites tort par de telles alarmes, Et connoissez bien peu le pouvoir de vos charmes! Eh bien, puisqu'il le faut, je jure par les dieux, Et, si ce n'est assez, je jure par vos yeux Qu'on me tuera plutôt que je vous abandonne. Recevez-en ici la foi que je vous donne, Et souffrez que ma bouche, avec ravissement, Sur cette belle main en signe le serment. MÉLICERTE. Ah! Myrtil, levez-vous, de peur qu'on ne vous voie. MYRTIL. Est-il rien...? Mais, ô ciel! on vient troubler ma joie! [117] Pour: la part de votre ennui. SCÈNE IV.--LYCARSIS, MYRTIL, MÉLICERTE. LYCARSIS. Ne vous contraignez pas pour moi. MÉLICERTE, à part. Quel sort fâcheux! LYCARSIS. Cela ne va pas mal: continuez tous deux. Peste! mon petit-fils, que vous avez l'air tendre, Et qu'en maître déjà vous savez vous y prendre! Vous a-t-il, ce savant qu'Athènes exila, Dans sa philosophie appris ces choses-là? Et vous, qui lui donnez de si douce manière Votre main à baiser, la gentille bergère, L'honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs Par qui vous débauchez ainsi les jeunes cœurs? MYRTIL. Ah! quittez de ces mots l'outrageante bassesse, Et ne m'accablez point d'un discours qui la blesse. LYCARSIS. Je veux lui parler, moi. Toutes ces amitiés... MYRTIL. Je ne souffrirai point que vous la maltraitiez. A du respect pour vous la naissance m'engage; Mais je saurai, sur moi, vous punir de l'outrage. Oui, j'atteste le ciel que si, contre mes vœux, Vous lui dites encor le moindre mot fâcheux, Je vais avec ce fer, qui m'en fera justice, Au milieu de mon sein vous chercher un supplice; Et, par mon sang versé, lui marquer promptement L'éclatant désaveu de votre emportement. MÉLICERTE. Non, non, ne croyez pas qu'avec art je l'enflamme, Et que mon dessein soit de séduire son âme. S'il s'attache à me voir, et me veut quelque bien, C'est de son mouvement: je ne l'y force en rien. Ce n'est pas que mon cœur veuille ici se défendre De répondre à ses vœux d'une ardeur assez tendre; Je l'aime, je l'avoue, autant qu'on puisse aimer: Mais cet amour n'a rien qui vous doive alarmer; Et, pour vous arracher toute injuste créance, Je vous promets ici d'éviter sa présence, De faire place au choix où vous vous résoudrez, Et ne souffrir ses vœux que quand vous le voudrez. SCÈNE V.--LYCARSIS, MYRTIL. MYRTIL. Eh bien; vous triomphez avec cette retraite. Et, dans ces mots, votre âme a ce qu'elle souhaite; Mais apprenez qu'en vain vous vous réjouissez; Que vous serez trompé dans ce que vous pensez, Et qu'avec tous vos soins, toute votre puissance, Vous ne gagnerez rien sur ma persévérance. LYCARSIS. Comment! à quel orgueil, fripon! vous vois-je aller? Est-ce de la façon que l'on me doit parler? MYRTIL. Oui, j'ai tort, il est vrai, mon transport n'est pas sage; Pour rentrer au devoir je change de langage, Et je vous prie ici, mon père, au nom des dieux, Et par tout ce qui peut vous être précieux, De ne vous point servir, dans cette conjoncture, Des fiers droits que sur moi vous donne la nature. Ne m'empoisonnez point vos bienfaits les plus doux. Le jour est un présent que j'ai reçu de vous: Mais de quoi vous serai-je aujourd'hui redevable, Si vous me l'allez rendre, hélas! insupportable? Il est, sans Mélicerte, un supplice à mes yeux; Sans ses divins appas rien ne m'est précieux; Ils font tout mon bonheur et toute mon envie; Et, si vous me l'ôtez, vous m'arrachez la vie. LYCARSIS, à part. Aux douleurs de son âme il me fait prendre part. Qui l'auroit jamais cru de ce petit pendard? Quel amour! quels transports! quels discours pour son âge! J'en suis confus, et sens que cet amour m'engage. MYRTIL, se jetant aux genoux de Lycarsis. Voyez, me voulez-vous ordonner de mourir? Vous n'avez qu'à parler: je suis prêt d'obéir. LYCARSIS, à part. Je n'y puis plus tenir: il m'arrache des larmes, Et ses tendres propos me font rendre les armes. MYRTIL. Que si, dans votre cœur, un reste d'amitié Vous peut de mon destin donner quelque pitié, Accordez Mélicerte à mon ardente envie, Et vous ferez bien plus que me donner la vie. LYCARSIS. Lève-toi. MYRTIL. Serez-vous sensible à mes soupirs? LYCARSIS. Oui. MYRTIL. J'obtiendrai de vous l'objet de mes désirs? LYCARSIS. Oui. MYRTIL. Vous ferez pour moi que son oncle l'oblige A me donner sa main? LYCARSIS. Oui. Lève-toi, te dis-je. MYRTIL. O père! le meilleur qui jamais ait été, Que je baise vos mains après tant de bonté! LYCARSIS. Ah! que pour ses enfans un père a de foiblesse! Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse? Et ne se sent-on pas certains mouvemens doux, Quand on vient à songer que cela sort de vous? MYRTIL. Me tiendrez-vous au moins la parole avancée? Ne changerez-vous point, dites-moi, de pensée? LYCARSIS. Non. MYRTIL. Me permettez-vous de vous désobéir. Si de ces sentimens on vous fait revenir? Prononcez le mot. LYCARSIS. Oui. Ah! nature! nature! Je m'en vais trouver Mopse, et lui faire ouverture De l'amour que sa nièce et toi vous vous portez. MYRTIL. Ah! que ne dois-je point à vos rares bontés! Seul. Quelle heureuse nouvelle à dire à Mélicerte! Je n'accepterois pas une couronne offerte, Pour le plaisir que j'ai de courir lui porter Ce merveilleux succès qui la doit contenter. SCÈNE VI.--ACANTHE, TYRÈNE, MYRTIL. ACANTHE. Ah! Myrtil, vous avez du ciel reçu des charmes Qui nous ont préparé des matières de larmes; Et leur naissant éclat, fatal à nos ardeurs, De ce que nous aimons nous enlève les cœurs. TYRÈNE. Peut-on savoir, Myrtil, vers qui, de ces deux belles, Vous tournerez ce choix dont courent les nouvelles? Et sur qui doit de nous tomber ce coup affreux, Dont se voit foudroyé tout l'espoir de nos vœux? ACANTHE. Ne faites point languir deux amans davantage, Et nous dites quel sort votre cœur nous partage. TYRÈNE. Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs éclatans En mourir tout d'un coup que traîner si longtemps. MYRTIL. Rendez, nobles bergers, le calme à votre flamme, La belle Mélicerte a captivé mon âme. Auprès de cet objet mon sort est assez doux, Pour ne pas consentir à rien prendre sur vous; Et, si vos vœux enfin n'ont que les miens à craindre, Vous n'aurez, l'un ni l'autre, aucun lieu de vous plaindre. ACANTHE. Ah! Myrtil, se peut-il que deux tristes amans... TYRÈNE. Est-il vrai que le ciel, sensible à nos tourmens... MYRTIL. Oui; content de mes fers comme d'une victoire, Je me suis excusé de ce choix plein de gloire: J'ai de mon père encor changé les volontés, Et l'ai fait consentir à mes félicités. ACANTHE, à Tyrène. Ah! que cette aventure est un charmant miracle, Et qu'à notre poursuite elle ôte un grand obstacle! TYRÈNE, à Acanthe. Elle peut renvoyer ces nymphes à nos vœux, Et nous donner moyen d'être contens tous deux. SCÈNE VII.--NICANDRE, MYRTIL, ACANTHE, TYRÈNE. NICANDRE. Savez-vous en quel lieu Mélicerte est cachée? MYRTIL. Comment? NICANDRE. En diligence elle est partout cherchée. MYRTIL. Et pourquoi? NICANDRE. Nous allons perdre cette beauté. C'est pour elle qu'ici le roi s'est transporté; Avec un grand seigneur on dit qu'il la marie. MYRTIL. O ciel! Expliquez-moi ce discours, je vous prie. NICANDRE. Ce sont des incidens grands et mystérieux. Oui, le roi vient chercher Mélicerte en ces lieux; Et l'on dit qu'autrefois feu Bélise sa mère, Dont tout Tempé croyoit que Mopse étoit le frère... Mais je me suis chargé de la chercher partout: Vous saurez tout cela tantôt de bout en bout. MYRTIL. Ah! dieux! quelle rigueur! Eh! Nicandre, Nicandre! ACANTHE. Suivons aussi ses pas, afin de tout apprendre. FIN DE MÉLICERTE. PASTORALE COMIQUE PERSONNAGES DE LA PASTORALE. IRIS, jeune bergère. Mlle DEBRIE. LYCAS, riche pasteur, amant d'Iris. MOLIÈRE. PHILÈNE, riche pasteur, amant d'Iris. ESTIVAL. CORYDON, jeune berger, confident de Lycas, amant d'Iris. LA GRANGE. UN PATRE, ami de Philène. UN BERGER. PERSONNAGES DU BALLET. MAGICIENS dansans. MAGICIENS chantans. DÉMONS dansans. PAYSANS. UNE ÉGYPTIENNE chantante et dansante. ÉGYPTIENS dansans. La scène est en Thessalie, dans un hameau de la vallée de Tempé. SCÈNE I.--LYCAS, CORYDON. SCÈNE II.--LYCAS, MAGICIENS chantans et dansans, DÉMONS. PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET. Deux magiciens commencent, en dansant, un enchantement pour embellir Lycas; ils frappent la terre avec leurs baguettes, et en font sortir six démons, qui se joignent à eux. Trois magiciens sortent aussi de dessous terre. TROIS MAGICIENS CHANTANS. Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grâce qu'implorent nos bouches. Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamans, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gants. UN MAGICIEN, seul. O toi qui peux rendre agréables Les visages les plus mal faits, Répands, Vénus, de tes attraits Deux ou trois doses charitables Sur ce museau tondu tout frais! LES TROIS MAGICIENS CHANTANS. Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grâce qu'implorent nos bouches. Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamans, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gants. DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET. Les six démons dansans habillent Lycas d'une manière ridicule et bizarre. LES TROIS MAGICIENS CHANTANS. Ah! qu'il est beau, Le jouvenceau! Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau! Qu'il va faire mourir de belles! Auprès de lui les plus cruelles Ne pourront tenir dans leur peau. Ah! qu'il est beau, Le jouvenceau! Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau[118]! Ho, ho, ho, ho, ho, ho, ho, ho! TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET. Les magiciens et les démons continuent leurs danses, tandis que les trois magiciens chantans continuent à se moquer de Lycas. LES TROIS MAGICIENS CHANTANS. Qu'il est joli, Gentil, poli! Qu'il est joli! qu'il est joli! Est-il des yeux qu'il ne ravisse! Il passe en beauté feu Narcisse, Qui fut un blondin accompli. Qu'il est joli, Gentil, poli! Qu'il est joli! qu'il est joli! Hi, hi, hi, hi, hi, hi, hi, hi! Les trois magiciens chantans s'enfoncent dans la terre, et les magiciens dansans disparoissent. [118] Couplets empruntés textuellement ou à peu près par les auteurs de l'opéra-comique le _Postillon de Longjumeau_, joué en 1837. SCÈNE III.--LYCAS, PHILÈNE. PHILÈNE, sans voir Lycas, chante. Paissez, chères brebis, les herbettes naissantes; Ces prés et ces ruisseaux ont de quoi vous charmer; Mais, si vous désirez vivre toujours contentes, Petites innocentes, Gardez-vous bien d'aimer. LYCAS, sans voir Philène. Ce pasteur, voulant faire des vers pour sa maîtresse, prononce le nom d'Iris assez haut pour que Philène l'entende. PHILÈNE, à Lycas. Est-ce toi que j'entends, téméraire? Est-ce toi Qui nommes la beauté qui me tient sous sa loi? LYCAS. Oui, c'est moi; oui, c'est moi. PHILÈNE. Oses-tu bien, en aucune façon, Proférer ce beau nom? LYCAS. Eh! pourquoi non? eh! pourquoi non? PHILÈNE. Iris charme mon âme; Et qui pour elle aura Le moindre brin de flamme, Il s'en repentira. LYCAS. Je me moque de cela, Je me moque de cela. PHILÈNE. Je t'étranglerai, mangerai, Si tu nommes jamais ma belle; Ce que je dis, je le ferai, Je t'étranglerai, mangerai. Il suffit que j'en aie juré: Quand les dieux prendroient ta querelle, Je t'étranglerai, mangerai, Si tu nommes jamais ma belle. LYCAS. Bagatelle, bagatelle! SCÈNE IV.--IRIS, LYCAS. SCÈNE V.--LYCAS, UN PATRE. Un pâtre apporte à Lycas un cartel de la part de Philène. SCÈNE VI.--LYCAS, CORYDON. SCÈNE VII.--PHILÈNE, LYCAS. PHILÈNE, chante. Arrête, malheureux! Tourne, tourne visage; Et voyons qui des deux Obtiendra l'avantage. LYCAS. Lycas hésite à se battre. PHILÈNE. C'est par trop discourir; Allons, il faut mourir. SCÈNE VIII.--PHILÈNE, LYCAS, PAYSANS. Les paysans viennent pour séparer Philène et Lycas. QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET. Les paysans prennent querelle en voulant séparer les deux pasteurs, et dansent en se battant. SCÈNE IX.--CORYDON, LYCAS, PHILÈNE, PAYSANS. Corydon, par ses discours, trouve moyen d'apaiser la querelle des paysans. CINQUIÈME ENTRÉE DE BALLET. Les paysans réconciliés dansent ensemble. SCÈNE X.--CORYDON, LYCAS, PHILÈNE. SCÈNE XI.--IRIS, CORYDON. SCÈNE XII.--PHILÈNE, LYCAS, IRIS, CORYDON. Lycas et Philène, amans de la bergère, la pressent de décider lequel des deux aura la préférence. PHILÈNE, à Iris. N'attendez pas qu'ici je me vante moi-même, Pour le choix que vous balancez; Vous avez des yeux, je vous aime; C'est vous en dire assez. La bergère décide en faveur de Corydon. SCÈNE XIII.--PHILÈNE, LYCAS. PHILÈNE chante. Hélas! peut-on sentir de plus vive douleur? Nous préférer un servile pasteur! O ciel! LYCAS chante. O sort! PHILÈNE. Quelle rigueur! LYCAS. Quel coup! PHILÈNE. Quoi! tant de pleurs, LYCAS. Tant de persévérance, PHILÈNE. Tant de langueur, LYCAS. Tant de souffrance, PHILÈNE. Tant de vœux, LYCAS. Tant de soins, PHILÈNE. Tant d'ardeur, LYCAS. Tant d'amour, PHILÈNE. Avec tant de mépris sont traités en ce jour! Ah! cruelle! LYCAS. Cœur dur! PHILÈNE. Tigresse! LYCAS. Inexorable! PHILÈNE. Inhumaine! LYCAS. Inflexible! PHILÈNE. Ingrate! LYCAS. Impitoyable! PHILÈNE. Tu veux donc nous faire mourir? Il te faut contenter. LYCAS. Il te faut obéir. PHILÈNE, tirant son javelot. Mourons, Lycas. LYCAS, tirant son javelot. Mourons, Philène. PHILÈNE. Avec ce fer, finissons notre peine. LYCAS. Pousse. PHILÈNE. Ferme! LYCAS. Courage! PHILÈNE. Allons, va le premier. LYCAS. Non, je veux marcher le dernier. PHILÈNE. Puisque même malheur aujourd'hui nous assemble, Allons, partons ensemble. SCÈNE XIV.--UN BERGER, LYCAS, PHILÈNE. LE BERGER chante. Ah! quelle folie De quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté! On peut pour un objet aimable, Dont le cœur nous est favorable, Vouloir perdre la clarté; Mais quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté, Ah! quelle folie! SCÈNE XV.--UNE ÉGYPTIENNE, ÉGYPTIENS dansans. L'ÉGYPTIENNE. D'un pauvre cœur Soulagez le martyre; D'un pauvre cœur Soulagez la douleur. J'ai beau vous dire Ma vive ardeur, Je vous vois rire De ma langueur. Ah! cruelle, j'expire Sous tant de rigueur. D'un pauvre cœur Soulagez le martyre; D'un pauvre cœur Soulagez la douleur. SIXIÈME ENTRÉE DE BALLET. Douze Égyptiens, dont quatre jouent de la guitare, quatre des castagnettes, quatre des gnacares[119], dansent avec l'Égyptienne aux chansons qu'elle chante. L'ÉGYPTIENNE. Croyez-moi, hâtons-nous, ma Sylvie, Usons bien des momens précieux; Contentons ici notre envie, De nos ans le feu nous y convie, Nous ne saurions, vous et