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Œuvres complètes, Tome 3 (incl. Le Tartuffe)

Chapter 2 of 31

Œuvres complètes, Tome 3 — Partie 2

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douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté; à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait; à combattre, par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes; à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose; à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur, et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais, lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs et présenter à notre cœur les charmes attrayans d'une conquête à faire. Enfin, il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne; et j'ai, sur ce sujet, l'ambition des conquérans, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs; je me sens un cœur à aimer toute la terre, et, comme Alexandre, je souhaiterois qu'il y eût d'autres mondes pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. SGANARELLE. Vertu de ma vie! comme vous débitez! Il semble que vous ayez appris cela par cœur, et vous parlez tout comme un livre. DON JUAN. Qu'as-tu à dire là-dessus? SGANARELLE. Ma foi, j'ai à dire... Je ne sais que dire; car vous tournez les choses d'une manière qu'il semble que vous ayez raison; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avais les plus belles pensées du monde, et vos discours m'ont brouillé tout cela. Laissez faire; une autre fois, je mettrai mes raisonnemens par écrit, pour disputer avec vous. DON JUAN. Tu feras bien. SGANARELLE. Mais, monsieur, cela seroit-il de la permission que vous m'avez donnée, si je vous disois que je suis tant soit peu scandalisé de la vie que vous menez? DON JUAN. Comment! quelle vie est-ce que je mène? SGANARELLE. Fort bonne. Mais, par exemple, de vous voir tous les mois vous marier comme vous faites! DON JUAN. Y a-t-il rien de plus agréable? SGANARELLE. Il est vrai. Je conçois que cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderois assez, moi, s'il n'y avoit point de mal; mais, monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré, et... DON JUAN. Va, va, c'est une affaire entre le ciel et moi, et nous la démêlerons bien ensemble sans que tu t'en mettes en peine. SGANARELLE. Ma foi, monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante raillerie que de se railler du ciel, et que les libertins ne font jamais une bonne fin. DON JUAN. Holà, maître sot! Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances. SGANARELLE. Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde! Vous savez ce que vous faites, vous; et, si vous ne croyez rien, vous avez vos raisons: mais il y a de certains petits impertinens dans le monde qui sont libertins sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts parce qu'ils croient que cela leur sied bien, et, si j'avois un maître comme cela, je lui dirois fort nettement, le regardant en face: Osez-vous bien ainsi vous jouer au ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme vous faites des choses les plus saintes? C'est bien à vous, petit ver de terre, petit myrmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent! Pensez-vous que, pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu (ce n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre), pensez-vous, dis-je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et qu'on n'ose vous dire vos vérités? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies, qu'une méchante vie amène une méchante mort, et que... DON JUAN. Paix! SGANARELLE. De quoi est-il question? DON JUAN. Il est question de te dire qu'une beauté me tient au cœur, et qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusqu'en cette ville. SGANARELLE. Et n'y craignez-vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois? DON JUAN. Et pourquoi craindre? ne l'ai-je pas bien tué? SGANARELLE. Fort bien, le mieux du monde; et il auroit tort de se plaindre. DON JUAN. J'ai eu ma grâce de cette affaire. SGANARELLE. Oui; mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parens et des amis, et... DON JUAN. Ah! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser; et le hasard me fit voir ce couple d'amans trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes l'une de l'autre et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion; j'en fus frappé au cœur, et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence et rompre cet attachement dont la délicatesse de mon cœur se tenoit offensée; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler[4] sa maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite barque et des gens, avec quoi, fort facilement, je prétends enlever la belle. SGANARELLE. Ah! monsieur... DON JUAN. Hein? SGANARELLE. C'est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut. Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter. DON JUAN. Prépare-toi donc à venir avec moi, et prends soin toi-même d'apporter toutes mes armes, afin que... (Apercevant done Elvire.) Ah! rencontre fâcheuse! Traître! tu ne m'avois pas dit qu'elle étoit ici elle-même. SGANARELLE. Monsieur, vous ne me l'avez pas demandé. DON JUAN. Est-elle folle de n'avoir pas changé d'habit, et de venir en ce lieu-ci avec son équipage de campagne? [3] Pour: par laquelle. Archaïsme très-fréquent chez Molière. [4] Pour: donner le plaisir. Mot mis à la mode par les Espagnols. SCÈNE III.--DONE ELVIRE, DON JUAN, SGANARELLE. DONE ELVIRE. Me ferez-vous la grâce, don Juan, de vouloir bien me reconnoître? Et puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce côté? DON JUAN. Madame, je vous avoue que je suis surpris, et que je ne vous attendois pas ici. DONE ELVIRE. Oui, je vois bien que vous ne m'y attendiez pas; et vous êtes surpris, à la vérité, mais tout autrement que je ne l'espérois; et la manière dont vous le paroissez me persuade pleinement ce que je refusois de croire. J'admire ma simplicité, et la foiblesse de mon cœur à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmoient. J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte, pour me vouloir tromper moi-même, et travailler à démentir mes yeux et mon jugement. J'ai cherché des raisons, pour excuser[5] à ma tendresse le relâchement d'amitié qu'elle voyoit en vous; et je me suis forgé exprès cent sujets légitimes d'un départ si précipité, pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusoit. Mes justes soupçons chaque jour avoient beau me parler, j'en rejetois la voix qui vous rendoit criminel à mes yeux, et j'écoutois avec plaisir mille chimères ridicules, qui vous peignoient innocent à mon cœur; mais enfin cet abord ne me permet plus de douter, et le coup d'œil qui m'a reçue m'apprend bien plus de choses que je ne voudrois en savoir. Je serois bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre départ. Parlez, don Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous saurez vous justifier. DON JUAN. Madame, voilà Sganarelle qui sait pourquoi je suis parti. SGANARELLE, bas, à don Juan. Moi, monsieur. Je n'en sais rien, s'il vous plaît. DONE ELVIRE. Eh bien, Sganarelle, parlez. Il n'importe de quelle bouche j'entende ses raisons. DON JUAN, faisant signe à Sganarelle d'approcher. Allons, parle donc à madame. SGANARELLE, bas, à don Juan. Que voulez-vous que je dise? DONE ELVIRE. Approchez, puisqu'on le veut ainsi, et me dites un peu les causes d'un départ si prompt. DON JUAN. Tu ne répondras pas? SGANARELLE, bas, à don Juan. Je n'ai rien à répondre. Vous vous moquez de votre serviteur. DON JUAN. Veux-tu répondre, te dis-je! SGANARELLE. Madame... DONE ELVIRE. Quoi? SGANARELLE, se tournant vers son maître. Monsieur... DON JUAN, en le menaçant. Si... SGANARELLE. Madame, les conquérans, Alexandre et les autres mondes, sont cause de notre départ. Voilà, monsieur, tout ce que je puis dire. DONE ELVIRE. Vous plaît-il, don Juan, nous éclaircir ces beaux mystères? DON JUAN. Madame, à vous dire la vérité... DONE ELVIRE. Ah! que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui doit être accoutumé à ces sortes de choses! J'ai pitié de vous voir la confusion que vous avez. Que ne vous armez-vous le front d'une noble effronterie? Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi, que vous m'aimez toujours avec une ardeur sans égale, et que rien n'est capable de vous détacher de moi que la mort? Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous ont obligé à partir sans m'en donner avis; qu'il faut que, malgré vous, vous demeuriez ici quelque temps, et que je n'ai qu'à m'en retourner d'où je viens, assurée que vous suivrez mes pas le plus tôt qu'il vous sera possible; qu'il est certain que vous brûlez de me rejoindre, et qu'éloigné de moi vous souffrez ce que souffre un corps qui est séparé de son âme? Voilà comme il faut vous défendre, et non pas être interdit comme vous êtes. DON JUAN. Je vous avoue, madame, que je n'ai point le talent de dissimuler, et que je porte un cœur sincère. Je ne vous dirai point que je suis toujours dans les mêmes sentiments pour vous, et que je brûle de vous rejoindre, puisque enfin il est assuré que je ne suis parti que pour vous fuir; non point par les raisons que vous pouvez vous figurer, mais par un pur motif de conscience, et pour ne croire pas qu'avec vous davantage je puisse vivre sans péché. Il m'est venu des scrupules, madame, et j'ai ouvert les yeux de l'âme sur ce que je faisois. J'ai fait réflexion que, pour vous épouser, je vous ai dérobée à la clôture d'un couvent, que vous avez rompu des vœux qui vous engageoient autre part, et que le ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste. J'ai cru que notre mariage n'étoit qu'un adultère déguisé, qu'il nous attireroit quelque disgrâce d'en haut, et qu'enfin je devois tâcher de vous oublier, et vous donner moyen de retourner à vos premières chaînes. Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j'allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras; que par... DONE ELVIRE. Ah! scélérat, c'est maintenant que je te connois tout entier; et, pour mon malheur, je te connois lorsqu'il n'en est plus temps, et qu'une telle connoissance ne peut plus me servir qu'à me désespérer. Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni, et que le même ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie. DON JUAN. Sganarelle, le ciel! SGANARELLE. Vraiment oui, nous nous moquons bien de cela, nous autres! DON JUAN. Madame... DONE ELVIRE. Il suffit. Je n'en veux pas ouir davantage, et je m'accuse même d'en avoir trop entendu. C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte; et, sur de tels sujets, un noble cœur, au premier mot, doit prendre son parti. N'attends pas que j'éclate ici en reproches et en injures; non, non, je n'ai point un courroux à exhaler en paroles vaines, et toute sa chaleur se réserve pour sa vengeance. Je te le dis encore, le ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais; et, si le ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée! [5] Pour: fournir une excuse à ma tendresse. Ellipse hardie et archaïque. SCÈNE IV.--DON JUAN, SGANARELLE. SGANARELLE, à part. Si le remords le pouvoit prendre! DON JUAN, après un moment de réflexion. Allons songer à l'exécution de notre entreprise amoureuse. SGANARELLE, seul. Ah! quel abominable maître me vois-je obligé de servir! ACTE II Une campagne au bord de la mer. SCÈNE I.--CHARLOTTE, PIERROT. CHARLOTTE. Notre dinse[6], Piarrot, tu t'es trouvé là bien à point! PIERROT. Parguienne, il ne s'en est pas fallu l'époisseur d'une éplingle qu'il ne s'ayant nayés tous deux. CHARLOTTE. C'est donc le coup de vent d'à matin qui les avoit renvarsés dans la mar? PIERROT. Aga[7], quien, Charlotte, je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu; car, comme dit l'autre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc j'étions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la tête; car, comme tu sais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moi, par fouas, je batifole, je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a, j'ai aparçu de tout loin queuque chose qui grouilloit dans gliau, et qui venoit comme envars nous par secousse. Je voyois cela fixiblement, et pis tout d'un coup je voyois que je ne voyois plus rian. Eh! Lucas, ç'ai-je fait, je pense que v'là des hommes qui nageant là-bas. Voire, ce m'a-t-il fait, t'as été au trépassement d'un chat, t'as la vue trouble[8]. Palsanguienne, ç'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble, ce sont des hommes. Point du tout, ce m'a-t-il fait, t'as la barlue. Veux-tu gager, ç'ai-je fait, que je n'ai point la barlue, ç'ai-je fait, et que ce sont deux hommes, ç'ai-je fait, qui nageant droit ici, ç'ai-je fait? Morguienne, ce m'a-t-il fait, je gage que non. Oh ça! ç'ai-je fait, veux-tu gager dix sous que si? Je le veux bian, ce m'a-t-il fait, et, pour le montrer, v'là argent au jeu, ce m'a-t-il fait. Moi, je n'ai point été ni fou, ni étourdi; j'ai bravement bouté à tarre quatre pièces tapées, et cinq sous en doubles, jerniguienne, aussi hardiment que si j'avois avalé un varre de vin; car je sis hasardeux, moi, et je vas à la débandade. Je savois bian ce que je faisois pourtant. Queuque gniais! Enfin donc, je n'avons pas plutôt eu gagé, que j'avons vu les deux hommes tout à plain, qui nous faisiant signe de les aller querir; et moi de tirer auparavant les enjeux. Allons, Lucas, ç'ai-je dit, tu vois bian qu'ils nous appelont; allons vite à leu secours. Non, ce m'a-t-il dit, ils m'ont fait perdre. Oh! donc, tanquia qu'à la parfin, pour le faire court, je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés dans une barque, et pis j'avons tant fait cahin caha, que je les avons tirés de gliau, et pis je les avons menés cheux nous auprès du feu, et pis ils se sant dépouillés tout nus pour se sécher, et pis il y en est venu encore deux de la même bande, qui s'équiant sauvés tout seuls; et pis Mathurine est arrivée là, à qui l'en a fait les doux yeux. V'là justement Charlotte, comme tout ça s'est fait. CHARLOTTE. Ne m'as-tu pas dit, Piarrot, qu'il y en a un qu'est bien pu mieux fait que les autres? PIERROT. Oui, c'est le maître. Il faut que ce soit queuque gros, gros monsieu, car il a du dor à son habit tout depis le haut jusqu'en bas; et ceux qui le servont sont des monsieux eux-mêmes; et stapandant, tout gros monsieu qu'il est, il seroit par ma fiqué[9] nayé si je n'aviomme été là. CHARLOTTE. Ardez[10] un peu! PIERROT. Oh! parguienne, sans nous il en avoit pour sa maine de fèves[11]. CHARLOTTE. Est-il encore cheux toi tout nu, Piarrot? PIERROT. Nannain, ils l'avont rhabillé tout devant nous. Mon Guieu, je n'en avois jamais vu s'habiller. Que d'histoire et d'engingorniaux[12] boutont[13] ces messieux-là les courtisans! Je me pardrois là dedans, pour moi; et j'étois tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu tête; et ils boutont ça, après tout, comme un gros bonnet de filasse. Ils ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout brandis[14], toi et moi. En glieu d'haut-de-chausse, ils portont un garde-robe[15] aussi large que d'ici à Pâques: en glieu de pourpoint de petites brassières, qui ne leu venont pas jusqu'au brichet[16]; et, en glieu de rabat, un grand mouchoir de cou à réziau, aveuc quatre grosses houppes de linge qui leu pendont sur l'estomaque. Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnois de passement aux jambes, et, parmi tout ça, tant de rubans, tant de rubans que c'est une vraie piquié. Ignia pas jusqu'aux souliers qui n'en soyont farcis tout depis un bout jusqu'à l'autre; et ils sont faits d'une façon que je me romprois le cou aveuc. CHARLOTTE. Par ma fi, Piarrot, il faut que j'aille voir un peu ça. PIERROT. Oh! acoute un peu auparavant, Charlotte. J'ai queuque autre chose à te dire, moi. CHARLOTTE. Eh bian, dis, qu'est-ce que c'est? PIERROT. Vois-tu, Charlotte? il faut, comme dit l'autre, que je débonde mon cœur. Je t'aime, tu le sais bian, et je sommes pour être mariés ensemble; mais, marguienne, je ne suis point satisfait de toi. CHARLOTTE. Quement, qu'est-ce que c'est donc qu'iglia? PIERROT. Iglia que tu me chagraines l'esprit, franchement. CHARLOTTE. Et quement donc? PIERROT. Tétiguienne, tu ne m'aimes point. CHARLOTTE. Ah! ah! n'est-ce que çà? PIERROT. Oui, ce n'est que ça, et c'est bian assez. CHARLOTTE. Mon Guieu, Piarrot, tu me viens toujou dire la même chose. PIERROT. Je te dis toujou la même chose, parce que c'est toujou la même chose; et, si ce n'étoit pas toujou la même chose, je ne te dirois pas toujou la même chose. CHARLOTTE. Mais qu'est-ce qu'il te faut? que veux-tu? PIERROT. Jerniguienne! je veux que tu m'aimes. CHARLOTTE. Est-ce que je ne t'aime pas? PIERROT. Non, tu ne m'aimes pas; et si[17] je fais tout ce que je pis pour ça. Je t'achète, sans reproche, des rubans à tous les marciers qui passont; je me romps le cou à t'aller dénicher des marles; je fais jouer pour toi les vielleux quand ce vient ta fête, et tout